Charli Dalin cavale en tête avec 500 milles d’avance sur Sébastien Simon et Yann Richomme. La première femme est la Suissesse Justine Metreaux, la seconde étant Samantha Davies.
Quand l’océan décide des « équipes »
Alors qu’il y a tout juste un mois qu’elle a quitté Les Sables d’Olonne, la flotte de la 10e édition du Vendée Globe est aujourd’hui éparpillée comme un paquet de chips dans une tempête. La planète est ainsi transformée en gigantesque échiquier. Chaque marin est coincé dans son petit système météo comme dans un jeu de société géant où les règles changent à chaque case : les uns affrontent des vents glaciaux, certains cavalent à des vitesses à faire rougir les albatros, d’autres se battent contre des dépressions capricieuses, des vents contraires, et parfois même de la molle. Malgré des conditions différentes et des écarts monstrueux, un esprit commun unit néanmoins tout ce petit monde. Qu’ils soient en tête ou à la traîne, tous savent que la course ne se joue pas seulement contre les autres, mais surtout contre l’océan lui-même.
Les cartes météorologiques racontent l’histoire mieux que quiconque : des patchworks de couleurs vives, des flèches désordonnées, comme si la mer s’était amusée à brouiller les pistes. Chaque skipper est seul face à son destin, coincé dans une toile mouvante de vents qui ne répondent qu’à l’appel du chaos. Et pourtant, malgré cette dispersion, une sorte de fil invisible relie tous ces hommes et femmes. Une fraternité née dans la solitude, une communion forgée dans l’affrontement des éléments. « Dans les mers du Sud, on se sent vraiment seul. Il n’y a pas grand-chose autour de nous. Le fait d’avoir des gens proches de soi est important. Bien sûr que le Vendée Globe est une course et qu’on est concurrents, mais on a aussi tous envie que les choses se passent bien pour chacun d’entre nous. Parfois on a l’impression de former une équipe contre la nature », a commenté Sam Davies (Initiatives-Cœur), bien revenue à la bagarre avec Justine Mettraux (TeamWork – Groupe Snef), Boris Herrmann (Malizia – Seaexplorer) et Clarisse Crémer (L’Occitane en Provence) après avoir tenté un petit décalage dans le Nord. « Depuis 24 heures, on profite d’un vent assez stable et d’une mer assez plate. On est sur un bord rapide et c’est vraiment sympa même si c’est assez intense », a détaillé la navigatrice qui a enquillé près de 485 milles entre les pointages de 3 heures hier et celui d’aujourd’hui à la même heure, se montrant ainsi la plus rapide de la flotte sur cette période.
L’importance d’anticiper
De fait, dans le Grand Sud, anticiper n’est pas seulement un atout stratégique, c’est une nécessité pour naviguer vite et en sécurité dans l’une des régions les plus hostiles de la planète. Rester trop conservateur peut faire perdre des milles précieux, tandis qu’une prise de risque mal calculée peut coûter cher. Cela, Tanguy Le Turquais l’a appris à coups de coup de pieds dans le derrière pas plus tard qu’avant-hier, en cassant trois lattes de grand-voile lors d’un empannage après que la bôme, passée précipitamment, s’encastre dans la bastaque au vent. « Il a fallu réagir assez vite. Ça aurait pu être très problématique mais je suis content parce que j’ai réussi à réparer, et dans un temps assez rapide. Cela m’a permis de ne pas perdre trop de terrain sur mes concurrents », a relaté le skipper de Lazare qui prend progressivement toute la mesure de la navigation dans les Quarantièmes Rugissants.